Caligari882
CDs INFOS

Le jazz dans toutes ses dimensions : en complément de nos chroniques de disques détaillées, l'essentiel sur une production discographique très éclectique qui relève parfois du jazz, parfois un peu moins ou pas du tout……

© Jazz Hot n°681, automne 2017




Nouveauté
Blue Rhythm Band & Jo Ann Pickens
Am I Blue ?

Autoproduit (
www.bluerhythmband.c.la)


Comme il l’autoproclame, le Blue Rhythm Band, qui est né en 1951, «est le plus ancien orchestre amateur de jazz français». Et tout en revendiquant ce titre, il prouve sa toujours verdeur. Pour ce troisième album, le groupe revisite les goûts de chacun des musiciens, qui vont de Chippie Hill à Vladimir Kosma en passant par Jelly Roll Morton, Ellington et Gershwin. Le pianiste, Serge Dutfoy signe les arrangements de cette bande de copains qui se font plaisir depuis des années. La chanteuse, Jo Ann Pickens, native du Texas, et leur ami Jacques Silvert (ts, cl) leur apporte leur amical soutien. Michel Antonelli

Nouveauté
Jonathan Butler
Living My Dream

Artistry 7041 (www.mackavenue.com)
 


Il y avait un petit moment que nous n’avions plus de nouvelles de Jonathan Butler. Ce guitariste qui s’est fendu d’une quinzaine d’albums depuis 1985, nous revient pour nous faire apprécier la délicatesse de son phrasé. Ses compositions fleurent bon le temps passé, mais ce que l’on retient aussi c’est la douceur des thèmes exposés et la qualité des intervenants.  Comme sur «Be Still», où le piano de George Duke vient  illuminer les phrases saccadées du guitariste. La magie opère toujours et l’impression d’être dans un environnement intimiste se conjugue sur les thèmes proposés. Notons aussi un clin d’œil à Alan Parsons sur «A Prayer». «Sweet Serenade» traduit à lui seul le contenu de ce CD, tout en finesse. Michel Maestracci


Réédition

Chicago Soul
Soul Jazz Records 93 (www.souljazzrecords.co.uk)


Avec comme sous-titre «The New Sound of Chicago in the 1960s», cette compilation renvoie aux grandes heures de la musique afro-américaine des années soixante. Si l’on peut faire un distinguo des différents morceaux présents sur ce CD on classera d’abord les blues classiques d’Howlin Wolf («Evil») ou Muddy Waters («I Just Want to Make Love to You»). Buddy Guy est plus surprenant avec sa version de «She Suits Me to a Tree» aux accents browniens. Cette sensation se retrouve à travers plusieurs morceaux comme «Stereo Freeze» des Stereos ou «In My Body House» de Gene Chandler. Avec «Tell Mama», d’Etta James, que l’on retrouve un peu plus loin («You Got It»), l’album aborde les voix féminines. Fontanella Bass («Leave in the Hands of Love») est délicate tout autant que Lorez Alexandria («Baltimore Oriol»). Enfin, ressorte encore du lot, Phil Upchurch («The Way I Feel») et son magnifique touché, Ramsey Lewis pour une compo où le piano fait "jammer" l’assistance et le Majestic Choir. Enfin, comment ne pas être séduit par le «Memory Band» du Rotary Connection pour plonger dans l’univers insouciant des sixties. Michel Maestracci


Nouveauté
Nels Cline / Julian Lage
Room
Mack Avenue 1091 (www.mackavenue.com) 


Ce duo de guitaristes nous invite à découvrir des aspects  qui dépassent le cercle habituel des prestations guitaristiques. Nels Clin et Julian Lage maîtrisent parfaitement l’instrument. Ils sont quasiment classiques sur «Blues Too», quand bien leurs échanges se font dans un registre innovant. «Racy» est plus énergisant quand les deux guitaristes se "tirent la bourre" pour s’exprimer, manière qu’ils renouvellent sur «Amenette». «Fressia the Bond» est un peu plus apaisant, mais le background reste toujours un brin avant-gardiste pour donner à ces thèmes une couleur agréable et rafraichissante. Michel Maestracci
Nouveauté
Roger Davidson Trio with Henrik Meurkens
Oração para Amanhã

Soundtrush Records 1038 (www.soundtrush.com)
 

Le pianiste américain Roger Davidson nous livre son amour du Brésil dans un «live» gravé dans son club préféré de New York, le Zinc Bar. Il célèbre la paix en dédiant cette «Prière pour demain» au monde et à sa muse/épouse brésilienne. Il signe la totalité des titres que l’on semble reconnaître tant ils s’inscrivent dans la tradition d’un jazz brésilien classique, tel celui du Zimbo Trio des années 60 et 70. Pour rehausser le propos il a inventé Henrik Meurkens, harmoniciste et vibraphoniste allemand, qui lui aussi est un habitué de ce répertoire. La qualité des musiciens, Eduardo Belo (b) et Adriano Santos (dm) apporte la touche complémentaire à un agréable album qui reste loin d’être indispensable mais qui ravira amateur du Brésil, du piano et de l’harmonica. A noter l’excellent thème «Amor Brasileiro» qui aurait pu parfaitement illustrer des images d’un film dans la veine de Lelouch. Michel Antonelli

Nouveauté
Jørgen Emborg Quartet
What’s Left ?

Stunt Records  17032 (Una Volta Music)


Le pianiste danois invite l’harmoniciste Mathias Heise pour peaufiner un répertoire agréable, bien mené, mais sans émotion. Le groupe parfaitement soudé enchaîne dix titres rodés où l’harmonica est souvent en premier plan et où Jørgen Emborg alterne entre claviers électriques et piano acoustique. Sans surprise, cela pourrait rappeler des combinaisons que l’on retrouve chez les harmonicistes Mauricio Einhorn ou Henrik Meurkens. A découvrir plus pour les fans de l’harmonica que pour le swing du groupe. Michel Antonelli

Nouveauté
Jean-Marc Jafet
Le Meilleur moment du monde
VLF Production (UVM Distribution)


Le contrebassiste Jean-Marc Jafet propose un album réalisé entre amis, ceux de Nice (sa ville de cœur) et ses partenaires réguliers. Un album dont le titre s’inspire d’une chanson de Gilberto Gil «O Melhor Lugar do Mundo » et qui rappelle que Jean-Marc a joué avec de nombreux musiciens brésiliens. Un album qui voyage entre chansons variétés et jazz où interviennent des musiciens de grandes valeurs, entre autres Stéphane Guillaume (ts,ss, fl), Frank Amsallem (p). Jean-Marc Jafet est l’auteur de toutes les compositions qui mettent chaque musicien en valeur, à tour de rôle. Le voyage musical s’appuie sur le duo de voix formé par Marjorie Martinez et Christian Fernandez. On fait escale au Brésil, à Cuba et sur la Promenade des Anglais. A signaler le professionnalisme des musiciens «locaux» niçois, Linus Olsson (originaire de Suède) à la guitare et Alain Asplanato, vieux complice de Jafet à la batterie (Marcia Maria, Biréli Lagrène, Michel Legrand…) et qui joue avec le Nice Jazz Orchestra. Michel Antonelli 


Nouveauté
Michael Janisch
Paradigm Shift

Whirlwind Recordings 4676 (www.whalingcitysound.com)

Fondateur du label Whirlwind Recordings, spécialisé dans la musique «d'avant-garde» ce bassiste/contrebassiste américain installé à Londres se présente en modèle d'une originalité radicale dans ses productions. Paradigm Shift (changement de paradigme), son dernier CD, en est un parfait exemple. Un peu déroutante, mais non dénuée de charme cette musique, très savante, s'écoute pourtant avec plaisir pour peu que l’on accepte l'abandon des repères habituels. «Be Free» étant le sous-titre de ce double album, ses propres compositions très écrites et, tout autant, celles du trompettiste Jason Palmer et du pianiste Leonardo Geovese ne manquent ni de richesse, ni de variété ni de surprises. Malgré les interventions remarquables des solistes et de vrais moments d'un jazz familier tout à fait savoureux ce n’est pas le type de disque que l’on réécoute, passée la découverte initiale. Daniel Chauvet
Nouveauté
Lefteris Kordis
Mediterrana

Innercircle 052 (www.leftchordmusic.com)


Pour son cinquième album, le pianiste grec Lefteris Kordis évoque l’histoire d’une femme qui prend différentes formes, comme la déesse grecque Artémis.  La musique délivrée possède une couleur moyen-orientale marquée  que la présence d’une flûte accentue («In the Land of Phrygians»). «Yota», est plus classique dans sa structure sans pour autant swinguer vraiment. «Mediterrana» balance bien sous un rythme propulsé par le luth de Roni Eytan ce qui permet au leader de s’aventurer sur des sentiers plus exposés dans ses choruses. Après une partition jouée rapidement, le musicien revient sur des climats plus apaisés pour clore son opus, sans oublier de faire un clin d’œil aux Beatles via une interprétation  de «And  I Love Her». Michel Maestracci

Nouveauté
Olivier Lake / Flux Quartet
Right Up On
Passin’ Thru 41236 (www.passinthru.org)


Olivier Lake (as) écrit qu’il collabore depuis plus de vingt ans avec des quatuors à cordes, et que le Flux Quartet, avec lequel il joue depuis 2002, est le plus enthousiaste; en bref, son préféré. Son écriture sert une interprétation qui est en équation avec les variations du temps et de l’espace. La longue suite d’une vingtaine de minutes «Einstein 100» illustre sa théorie et chaque musicien y trouve son espace d’expression. Ces pièces sont composées pour cet ensemble en quartet mais peuvent aussi intégrer des invités solistes. Pour comprendre sa démarche il faut de nouveau écouter l’artiste: «Comme la vie elle-même, les musiciens commencent tous ensemble ce voyage et arrivent à la même destination chacun ayant emprunté son propre chemin». L’idée aurait pu s’appliquer au sein de World Saxophone Quartet dont on préférera les enregistrements. Michel Antonelli


Nouveauté
Ben Markley Big Band
Clockwise The Music of Cedar Welton
OA2Records 22102 (www.originarts.com)


Cet album a le mérite de nous faire redécouvrir l’œuvre du pianiste et compositeur Cedar Walton, finalement peu repris par d’autres musiciens. Le pianiste Ben Markley (qui disait ne pas trop apprécier ses expériences en big band) remercie ici son mécène, le Wyoming Arts Council, de lui permettre d’enregistrer à la tête d’une grande formation. Il signe les arrangements et mène son petit monde sur les chemins du répertoire d’un pianiste de grande stature. Parmi les solistes, on remarquera en particulier le guitariste, Steve Kovalchek. Michel Antonelli

Nouveauté
Tina May With the Andy Lutter Trio
Café Paranoia
33Jazz 256 (www33jazz.com) 


La chanteuse anglaise et le trio du pianiste allemand Andy Lutter rendent hommage au chanteur et parolier américain Mark Murphy (1932-2015). Les compositions sont toutes signées du pianiste et jouées dans un style épuré par un trio aguerri et quelques invités. Au total quinze titres, dont certains sous forme de haïkus musicaux, pour 74 minutes dignes d’intérêt. A remarquer l’hommage au peintre Turner «After a Year». Agréable. Michel Antonelli

Nouveauté
Olivier Py Birds of Paradise
Black Fables
Vent d’Est 1703-10 (L’Autre Disribution) 


Pour son second album avec son groupe Birds of Paradise (Jean-Philippe Morel, b, et Franck Vaillant, dm) le saxophoniste Olivier Py poursuit ses aventures démarrées en 2012 avec ses oiseaux de paradis, dont le répertoire initial était inspiré des relevés de chants d’oiseaux d’Olivier Messiaen. Le résultat était des plus surprenants; ici, dans la même veine, les compositions sont inspirées de «certains fragments des transcriptions de Messiaen, ou dérivent plus librement de la vivacité de leur geste musical». Black Fables aurait pu rappeler par le titre et par un clin d’œil des fables à la Mingus. L’album reste dans le champ d’action habituel du trio qui laboure le même sillon. Un groupe vraiment fusionnel qui dégage une émotion instantanée et intense. A écouter de préférence sur scène. Michel Antonelli

Nouveauté
Matthew Stevens
Woodwork
Whirlwind Recordings 4677 (www.whalingcitysound.com)


Tout jeune guitariste adepte d’un jazz «fusion» est appelé à être comparé à Pat Metheny. Le New Yorkais Matthew Stevens mérite pourtant sans doute mieux. Il montre, en effet, un redoutable sens tactique de l'articulation des solos. Bien que souvent soulignée par des «effets de son» un peu trop présents et malgré l'emploi systématique d'une «chambre de réverbération» réglée à son maximum, ainsi que le choix d'une batterie sans aucune nuance ni swing, sa musique ne manque pas d'originalité. Daniel Chauvet

Nouveauté
Jeannie Tanner
Words & Music
Tanner Time Records (www.jeannietanner.com)


Ce double album est la collection de chansons et musiques composées par Jeannie Tanner (p, voc), ici interprétées par douze chanteurs/euses de jazz de Chicago. On remarque d'ailleurs plusieurs belles voix féminines: Abbigail Riccards, Typhanie Monique, Kimberly Gordon, Rose Coletta ou encore les crooners Paul Marinaro et Andy Pratt (g, voc), largement au niveau des voix promues par l’industrie musicale actuelle. Plusieurs thèmes sont d’inspiration bossa nova et, même si la production est soignée (section de cuivres, violons), leur traitement reste au niveau de la variété jazzy. Michel Antonelli
Nouveauté
Jean-Philippe Viret
Les Idées heureuses

Mélisse 666019 (www.melisse.fr)

Pour son huitième opus, Jean Philippe Viret poursuit ses envies, délaissant les trios ou quartets habituels pour se recentrer sur le quatuor à cordes avec lequel il avait déjà enregistré en 2011 Les Barricades mystérieuses. Avec Les Idées heureuses, il s’inspire de François Couperin, dont un titre donne le nom à l’album, et défend son idée de la musique «mariage de toutes les cordes, des plus graves au plus aigües, mariage de l’écriture et de l’improvisation, contrôle de l’instrumentiste et lâcher prise de l’artiste…». Même si cette musique ne s’inscrit pas dans le domaine du jazz et de sa périphérie, elle l’est dans son esprit d’ouverture et de partage. Ce quatuor mené par le contrebassiste et compositeur qui signe la totalité des titres, à l’exception de «La Muse Plantine» de Couperin, nous propose un bel album qui peut dénoter sur les étagères de collectionneurs; mais la curiosité apporte aussi son lot de récompenses. A noter la qualité des productions du label Mélisse qui se constitue petit à petit un catalogue de haute tenue. Michel Antonelli