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Harold Mabern at Ronnie Scott's, London, 14 janvier 2013 © David Sinclair
Harold Mabern at Ronnie Scott's, London, 14 janvier 2013 © David Sinclair

Harold MABERN

To Love and Be Loved

La dernière fois que nous l’avions interviewé (cf. Jazz Hot n°666), il y a trois ans, Harold Mabern nous avait parlé de ses années d’apprentissage à Memphis, de cette ville du Tennessee qui a été un terreau fertile pour le jazz et qui a donné d’autres musiciens fameux de sa génération: Phineas Newborn, Jr., Frank Strozier, George Coleman, Booker Little, Charles Lloyd, pour en citer quelques-uns. Il nous avait raconté la place qu’occupait le blues dans sa vie, dans sa musique, comme sa profonde amitié avec Phineas Newborn, Jr. et Frank Strozier. Il nous parlait des autres.

C’est ça, Harold Mabern! Ne pas oublier les autres, ne pas oublier les racines du jazz, ni la place des musiciens de jazz dans cette histoire, ni ce qu’ils ont fait pour cette culture. Il suffit de le voir en concert présenter un thème qu’il vient de jouer de «Donaldson Toussaint Byrd qui avait un doctorat en éducation musicale» ou de Nat King Cole «qui pouvait jouer comme Art Tatum, à s’y méprendre.»

Le faire parler de lui, c’est une autre paire de manches. Il est né à Memphis en 1936, il est parti à Chicago en 1954, s’est installé à New York en 1959. C’est d’abord en sideman qu’il travaille: avec le MJT+3 de Walter Perkins (1959), Lionel Hampton (1960-1961), le Jazztet (1961-1962), J. J. Johnson (1963-1965), Joe Williams (1966-1967), Lee Morgan (1965-1972), et bien sûr avec George Coleman et Eric Alexander. Il enregistre une centaine d’albums, Rahsaan Roland Kirk, Freddie Hubbard, Stanley Turrentine, Frank Foster, Louis Hayes…

2017. Harold Mabern, To Love and Be Loved

Il fait ses débuts en leader avec A Few Miles From Memphis en 1968. C’est à partir de 1989 qu’il se produit régulièrement avec son trio (composé de John Webber (b) et Joe Farnsworth (dm) depuis une vingtaine d’années). Dans ces années-là, il devient une figure tutélaire pour toute une génération de jeunes musiciens, imprégnés de hard bop, qui se retrouvent au Augie’s, à Harlem (aujourd’hui le Smoke): Eric Alexander, Jim Rotondi, Joe Farnsworth, John Webber, Mike LeDonne, Joris Dudli... et il se produit encore avec la plupart de ces musiciens.

Harold Mabern, c’est un toucher, un son gorgé de blues, reconnaissable dès les premières secondes. C’est une façon de vous jouer «Daahoud» en ballade pour débuter un set, un boogaloo en plein milieu, de revisiter «Ai No Corrida», le thème disco de Quincy Jones, dans une version RnB, de conclure avec «Dat Dere» de Bobby Timmons. C’est aussi un répertoire personnel, avec des thèmes emblématiques («Edward Lee»). Et c’est sur cet aspect-là que nous avons choisi d’interviewer notre pianiste. Le faire parler de lui à travers ses thèmes. Et comme souvent ils ont été enregistrés par d’autres dans un premier temps, c’est encore parler des autres…

Propos recueillis par Mathieu Perez
Photos
David Sinclair et Mathieu Perez

© Jazz Hot n°681, automne 2017



Harold Mabern, au Ginny's, Harlem, 5 mars 2016 © Mathieu Perez



Jazz Hot: Quel musicien a, le premier, enregistré l’un de vos thèmes?

Harold Mabern: Walter Perkins, avec «Brother Spike». Je l’avais composé pour Spike Lee, j’étais très ami avec son père, Bill Lee. Il l’a enregistré sur MJT+3 en 1959.

A quel moment avez-vous rejoint le MJT+3 de Walter Perkins?

Il y a eu plusieurs formations. La première, c’était avec Paul Serrano, Nicky Hill, Muhal Richard Abrams, Bob Cranshaw, Walter Perkins. Puis, il y a eu celle avec Booker Little, George Coleman, Sam Rivers. La troisième, dont j’ai fait partie avec Frank Strozier, Bobby Bryant, Bob Cranshaw, Walter Perkins. Puis, Bobby Bryant est parti et Willie Thomas l’a remplacé. C’est cette formation-là qui a connu le plus de succès. Et donc, Walter m’a appelé, m’a demandé si je voulais faire partie de son groupe, et j’ai accepté.

Le MJT+3 jouait-il d’autres thèmes à vous?

«Brother Spike», «Rochelle», «Branchin’ Out». On les a enregistrés. Il y en avait peut-être un quatrième.

Votre thème «Hey, Lee!», enregistré par Frank Strozier sur Frank Strozier Quartet (1962), était-ce aussi lié à Bill Lee? En quoi est-ce un musicien important pour vous?

Oui, je l’avais composé pour Bill Lee. Frank Strozier m’avait demandé d’apporter un thème pour la session d’enregistrement. C’est comme ça que ça s’est fait. On adorait tous Bill Lee. Quel compositeur! Quand je l’ai rencontré à Chicago, il jouait dans l’octet de George Coleman. Le groupe jouait beaucoup de thèmes composés par Bill Lee et sa sœur. Même George Coleman a été influencé par Bill Lee dans ses compositions. Bill Lee est un des grands génies du jazz. Il refusait d’amplifier sa basse. Il voulait que le son reste pur.

A cette époque, quels compositeurs vous ont marqué?

D’abord, à Memphis, il y a eu Charles Thomas et Phineas Newborn qui m’ont vraiment aidé à devenir un musicien et qui m’ont beaucoup appris. Puis, il y a eu Bill Lee. Je dois 97 % de ce que je sais à Bill Lee. Puis, on s’est tous mis à écouter l’American Songbook et à la façon qu’avaient les orchestres d’accompagner les chanteurs comme Frank Sinatra.

Parlez-nous de «Richie’s Dilemma», un thème enregistré par MJT+3 (Branchin’ Out, 1960) et par le Jazztet (Here and Now, 1962).

C’est un hommage à Richie Powell, le frère de Bud Powell. Clifford Brown avait fait «George’s Dilemma». Et je ne trouvais pas mieux comme titre, d’où «Richie’s Dilemma». Je voulais composer quelque chose pour lui.

Après le MJT+3, vous avez rejoint le Jazztet. Comment cela s’est-il passé?

Un soir de 1961, je suis allé voir Cedar Walton au Birdland. C’était au moment où il allait rejoindre Art Blakey. Et il me disait que je pouvais peut-être récupérer son gig au club. Ce soir-là, il jouait avec le Jazztet. Il y avait Cedar, Art Farmer, Benny Golson, Tom McIntosh, Tootie Heath, Tommy Williams. J’ai fait le bœuf. Quand j’ai fini d’accompagner, Benny avait un grand sourire aux lèvres. Mais Art Farmer m’a dit qu’ils avaient déjà trouvé quelqu’un… En fait, Kenny Barron était à deux doigts d’avoir le gig mais j’avais un peu plus d’expérience que lui en matière d’accompagnement… et le lendemain matin, ils m’ont appelé et m’ont demandé si je voulais faire partie du groupe. Je leur ai demandé comment ils voulaient que je joue. «Comme la veille au Birdland», m’ont-ils dit. C’est comme ça que j’ai fait partie du Jazztet, parce que je suis un bon accompagnateur.

Harold Mabern, au Ginny's, Harlem, 5 mars 2016 © Mathieu Perez


A ce moment-là, avec qui jouiez-vous?

Je jouais dans l’orchestre de Lionel Hampton.

Combien de temps êtes-vous resté avec le Jazztet?

18 mois.

Et avec Lionel Hampton?

Avec Hamp, environ un an.

Est-ce que le Jazztet jouait vos thèmes?

Non. Seulement «Richie’s Dilemma». Mais ça ne me dérangeait pas. Le plus important, c’était d’être dans ce groupe et de jouer avec ces musiciens.

Vous dites souvent qu’avoir accompagné des chanteuses vous a rendu meilleur pianiste. Qui était la première à vous engager?

Betty Carter, au Birdland. Puis on a enregistré Inside Betty Carter. Pour moi, c’est son meilleur disque! Papa Jo Jones aussi m’a appelé pour jouer avec lui, parce que j’avais de bonnes manières, et que je connaissais les chansons. Joe Newman aussi m’appelait pour des gigs. Ben Webster également, mais j’étais trop occupé…

Avec quels vocalistes avez-vous travaillé?

La première, donc, c’était Betty Carter. Puis j’ai travaillé avec Johnny Hartman, Irene Reid, Dakota Staton, Etta Jones, Ernestine Anderson, Arthur Prysock. Je faisais presque tous les gigs avec des chanteurs au Birdland. On passait avant Coltrane, Art Blakey, Horace Silver. Chaque soir, il y avait toujours deux groupes, parfois trois.

Où avez-vous appris à accompagner?

A Chicago. C’est Billy Wallace qui m’a appris. Il vit à Denver. Au départ, je voulais savoir accompagner comme Richie Powell et Horace Silver. Alors Billy me montrait des trucs, et je le regardais jouer au piano. Et puis jouer avec des chanteuses, ça vous apprend beaucoup.

Lesquelles étaient les plus exigeantes?

Sarah Vaughan. Quatre soirs avec elle, c’était terrifiant! (Rires)

Pourquoi?

Vous voyez, des chanteuses comme Sarah Vaughan, Carmen McRae, Shirley Horn pouvaient vous montrer au piano exactement ce qu’elles voulaient vous entendre jouer parce que c’étaient d’excellentes pianistes. Le répertoire de Sarah Vaughan, c’était 70 chansons. On était censé en apprendre 20 mais je l’ai appris en entier, au cas où. Et quand je suis arrivé pour répéter, il n’y avait que Sarah Vaughan et moi. (Rires) Mais finalement ça s’est bien passé, elle m’a même filé un bon bonus. C’était un beau gig!

En 1963, vous avez fait une tournée avec Miles Davis. Comment cela s’est-il passé?

J’ai travaillé avec Miles avant Herbie! Les dates, c’était quelque chose comme du 4 au 30 avril 1963. Et puis, Herbie est arrivé.

Comment est-ce arrivé?

Je revenais d’une tournée avec Roy Haynes et je m’apprêtais à travailler avec Betty Carter pendant deux semaines au Birdland. Miles préparait une tournée pour la Côte Ouest. Comme il avait mis fin à sa formation avec J.J. Johnson, Sonny Stitt, Jimmy Cobb et mon héros, Wynton Kelly, il était en train d’en monter une autre. Il avait appelé tous les pianistes de New York, sauf moi et un autre dont j’ai oublié le nom. Et parce que j’accompagnais beaucoup de chanteuses, quelqu’un m’a recommandé auprès de Miles. On a fini par parler au téléphone. Il me connaissait du MJT+3, m’a dit qu’il préparait une tournée de six semaines, que ce n’était pas un gig permanent. Et puis, il est venu me voir jouer au Birdland. C’était un boxeur, vous savez. Il ne vous serrait pas vraiment la main. Alors il m’a donné un petit coup comme ça, ce qui voulait dire que j’avais le gig.

Harold Mabern, 2016 © Mathieu Perez


Comment s’est passée la tournée?

Le premier soir avec Miles tombait le dernier soir avec Betty. Et elle ne voulait pas me libérer. C’est donc Victor Feldman qui m’a remplacé au Black Hawk pour démarrer la tournée.

La formation de Miles Davis se composait de qui?

Jimmy Cobb, Ron Carter, George Coleman, Frank Strozier et moi.

Où êtes-vous allé sur la Côte Ouest?

On a joué dans des villes comme Los Angeles, San Francisco, Seattle, jusqu’à Vancouver.

Musicalement, ça se passait comment avec Miles Davis?

Il nous donnait de la place. On pouvait vraiment jouer. Mais moi, je n’abusais jamais. Parfois, il disait à Frank: «Dis donc, le solo de George, il dure longtemps!» (Rires) ou à George: «Il joue beaucoup, Frank!» (Rires) Il était comme ça, Miles! Il vous disait quelque chose pour que vous alliez le répéter à l’intéressé. S’il voulait que je joue un certain accord, il le disait à un autre, pour qu’il me le répète. Mais Miles m’a bien traité. C’est pendant cette tournée que l’album Seven Steps to Heaven se préparait. Au départ, je devais faire partie du projet et enregistrer avec Victor Feldman au vibraphone. Et Herbie est arrivé. A l’époque, Miles ne connaissait de lui que «Watermelon Man». Et il s’est fait convaincre de prendre un jeunot. Mais il m’a toujours soutenu. Et quand Miles vous dit que vous swinguez, c’est un sacré compliment. Surtout quand on passe après Wynton Kelly…

Avez-vous joué à nouveau avec Miles Davis après cette tournée?

Jamais. Mais il m’a recommandé pour plusieurs gigs. Je me souviens aussi: un jour, je l’avais croisé, c’était après la sortie d’un disque avec Stanley Turrentine que j’avais enregistré. Miles l’avait écouté et m’a dit que mon jeu était vraiment au point.

1969. Lee Morgan Sextet


Lee Morgan est le musicien qui a le plus enregistré vos thèmes: «Mr. Johnson», «Uncle Rough» (The Procrastinator, 1969), «The Beehive», «I Remember Britt», «Aon» (Live at the Lighthouse, 1970), «In What Direction Are You Headed» (Lee Morgan, 1972). A quand remonte votre rencontre?

J’ai rencontré Lee en 1956. C’est à l’époque où il jouait dans l’orchestre de Dizzy à Chicago. Nous étions très proches. Bobby Timmons et lui me considéraient comme leur frère. Puis, en 1967, 1968, il m’a appelé pour rejoindre son groupe.

Quels musiciens composaient la formation de Lee Morgan?

Quand je suis arrivé, il y avait Jymie Merritt, Frank Mitchell, et peut-être Mickey Rocker. Les ténors changeaient souvent; il y a eu Bennie Maupin, Billy Harper, Booker Ervin…

Lee vous demandait des thèmes?

Oui, il me demandait si j’avais des thèmes sous le coude. Il me traitait mieux qu’un frère.

Y a-t-il des thèmes que vous avez écrits pour lui?

Après sa mort, j’ai composé «Edward Lee» en hommage à Edward Lee Morgan. La première fois que je l’ai enregistré, c’était avec Jamil Nasser et Walter Bolden, l’oncle du talentueux bassiste Dezron Douglas. C’est un thème que j’ai enregistré plusieurs fois. Avec Eric Alexander, Nat Reeves, Joe Farnsworth. Avec John Webber et Joe Farnsworth. Avec Peter Washington et Joe Farnsworth, etc.

D’où vient le thème «The Beehive»?

C’était un hommage au célèbre club de jazz de Chicago qui s’appelait «The Beehive». C’est là que jouaient Clifford Brown, Max Roach, Charlie Parker, etc. Beaucoup de musiciens adorent ce thème! Woody Shaw me suppliait de l’enregistrer! (Rires) Dr. Lonnie Smith l’a enregistré; Wayne Escoffery le joue souvent; Vincent Herring aussi; Jeremy Pelt… On m’a dit aussi que Christian Sands voulait l’enregistrer. C’est un thème qui est devenu populaire chez les musiciens. Ça me fait très plaisir.

Qui est Britt dans «I Remember Britt»?

Un ami d’enfance de mon fils. Il est mort très jeune. Si vous regardez la pochette de mon disque Greasy Kid Stuff, il est tout au fond. Lee adorait ce thème.

Que signifie «Aon»?

Ce sont les initiales de «As of Now», «A.O.N.». C’était le parler de Chicago.

Lesquels de vos thèmes Lee Morgan aimait-il le plus?

Il adorait «I Remember Britt». On m’a dit que le thème figurait dans le documentaire sur Lee (I Called Him Lee, réalisé par Kasper Collin, 2017).

Dans quels clubs jouiez-vous avec Lee Morgan?

Au Jazz Showcase à Chicago; au Live House à Los Angeles pendant trois, quatre, cinq semaines; au Baker’s à Detroit; dans un petit club à Philadelphia; à Baltimore, beaucoup; au Slugs à la fin. Avant sa mort, on était censé partir en tournée en Europe.

Pourquoi Electric Soul, que vous avez enregistré avec Buddy Terry, est-il un disque important pour vous?

Electric Soul, on l’a enregistré en 1967. A cette époque, il n’y avait pas de piano électrique dans le jazz. Les deux premiers musiciens de jazz qui ont enregistré au piano électrique, vous savez qui c’est? Joe Zawinul et moi. J’en suis très fier.

Vous avez travaillé avec peu de guitaristes. Il y a bien sûr Wes Montgomery…

Quand j’ai travaillé avec Wes, il commençait à devenir connu. Jouer avec lui, c’était un défi parce qu’il ne lisait pas la musique. Il fallait donc être très attentif et retenir tout ce qu’il faisait. Et puis, on le demandait partout. Mais ni lui ni Bud n’aimaient voyager en avion. Wes était bien forcé de le faire. Mais Bud se rendait aux gigs en voiture!

Vous jouiez surtout en Europe?

Oui, le premier gig était à Londres, à la BBC, puis en Belgique.

Vous avez aussi enregistré First Recordings de Grant Green en 1959.

Pour son premier album1. Accompagner un guitariste, c’est délicat pour un pianiste. Dans un quintet, on peut vite avoir des clashes harmoniques. Avec Wes, en trio, c’était plus simple.

Vous avez enregistré Consequence avec Jackie McLean. Quel est votre rapport avec son esthétique?

Nous n’avons enregistré qu’une seule fois ensemble. Jackie aussi me traitait comme un frère.  J’étais toujours très respectueux. La musique de Coltrane m’intéressait; j’écoutais aussi ce que faisait Cecil Taylor, mais je ne suis pas un dingue d’avant-garde. Le jeu complètement out, ça n’a jamais été mon truc. Herbie est arrivé à contrôler d’une certaine façon cette liberté.

1968. Harold Mabern, A Few Miles From Memphis

Pour votre premier album en leader, A Few Miles From Memphis, vous avez fait appel à George Coleman, Buddy Terry, Bill Lee, Walter Perkins. Pourquoi avoir choisi la formule avec deux ténors, George Coleman et Buddy Terry?

Plutôt qu’un ténor et une trompette, je voulais deux ténors, comme Gene Ammons et Sonny Stitt, parce que je suis un saxophoniste contrarié.

Vous auriez aimé jouer du ténor?

J’adore le ténor! Tous les musiciens sont un peu comme ça. Voyez Freddie Hubbard. C’était un pianiste contrarié…

De quels ténors étiez-vous le plus proche?

Frank Strozier, Eric Alexander, John Coltrane, Sonny Rollins, Stanley Turrentine, Jimmy Heath, Clifford Jordan… Ils sont tous uniques, chacun a une voix personnelle. J’adore aussi Archie Shepp.

1969. Harold Mabern, Workin’ & Walkin’

Pour Workin’ and Wailin’ (1969), vous faites appel à Buster Williams.

J’ai toujours adoré Buster et pensé qu’il jouait à merveille avec Idris Muhammad. Buster est un de ces héros méconnus du jazz. Je me souviens d’avoir enregistré avec lui pour la première fois où il le faisait avec une basse électrique.

Pourquoi avoir choisi le trompettiste Virgil Jones?

Virgil Jones avait besoin d’une opportunité pour enregistrer. Nous étions dans la même chambre quand on est venu à Paris pour la première fois avec Lionel Hampton et son orchestre en 1960. J’ai toujours essayé d’enregistrer avec des musiciens pour aider à les faire mieux connaître.

Pour Greasy Kid Stuff (1970), vous avez fait appel Lee Morgan (tp), Buster Williams (b), Idris Muhammad (dm) et convaincu Hubert Laws de troquer sa flûte pour le ténor.

Et au départ, il ne voulait pas le faire!

En 1970, vous faisiez donc appel à Idris Muhammad pour votre disque, et vous enregistriez sur son disque à lui, en leader, Black Rhythm Revolution!, avec notamment Virgil Jones..

On se connaissait bien avec Idris Muhammad. On avait joué ensemble dans l’octet de George Coleman. Il pouvait vraiment swinguer.

Pisces Calling (1980) est votre premier album en trio, avec Jamil Nasser et Walter Bolden. Pourquoi un écart de dix ans avec Greasy Kid Stuff?

Ça n’intéressait personne de m’enregistrer. Pour le trio, c’était mon choix. Jamil et moi, on venait du même coin, et on était compatible musicalement. Puis, James Williams a produit mes disques pour DIW. Et c’est lui qui a proposé d’enregistrer avec Ron Carter et Jack DeJohnette puis avec Christian McBride et Jack DeJohnette. James était un génie. Il savait tout faire…

1989. Harold Mabern, Straight Street

Comment vous est venu le thème «Mister Stitt» (Straight Street, 1989)?

Comme je vous l’ai dit, j’adore les ténors. Et j’adore Sonny Stitt! C’est grâce à Herbie que j’ai enregistré avec Sonny Stitt (Sax Expressions, 1965). Comme il ne pouvait pas le faire, il m’a recommandé. C’est comme ça que je me suis retrouvé dans le studio avec Sonny Stitt, Ben Tucker et Roy Haynes.

Comment s’est passée cette session d’enregistrement?

On répétait, on enregistrait. On répétait, on enregistrait.

Vous avez aussi travaillé avec Walter Bolden (dm).

Oui, mais ça n’a pas duré longtemps. Walter donnait des cours dans un centre de désintoxication pour musiciens. Il m’a proposé de me joindre à lui. On s’occupait d’un orchestre.

Combien de temps cela a-t-il duré?

Deux ans. Walter et moi, on s’est toujours très bien entendu. Son neveu, Dezron Douglas, est un musicien très talentueux.

A quel moment commencez-vous à travailler en leader?

A partir de Straight Street, j’ai commencé à faire des gigs ici et là.

Quels étaient les musiciens réguliers de votre formation?

Au départ, je jouais avec Jamil Nasser et Walter Bolden, ou Frank Grant. Puis avec John Webber et Joe Farnsworth ou Nat Reeves et Joe Farnsworth. Ils jouent très bien ensemble, et ils me portent.

Vous avez peu joué avec des orchestres plus importants.

C’est vrai. J’ai joué avec Thad Jones une fois. Hank Jones ne pouvait pas faire le gig. C’était pour le Ed Sullivan Show. Thad et Hank m’ont beaucoup encouragé. Sinon, Archie Shepp m’avait invité à faire partie de son orchestre pour The Cry of My People (1972).

Harold Mabern © Mathieu Perez

Vous avez beaucoup joué au Bradley’s.

Au départ, je ne pouvais pas y jouer. Je ne faisais pas partie des pianistes que Bradley aimait. Il avait peur que je casse son piano.

Ah?

Beaucoup de gens pensaient ça. Je n’avais jamais cassé une corde. C’est bien plus tard que j’ai joué au Bradley’s.

Avec quel bassiste?

Surtout avec Jamil Nasser. Avec Geoff Keezer, on a fait des gigs ensemble aussi.

Le disque The Gigolo de Lee Morgan est très important pour vous. Pourquoi?

The Gigolo, je l’ai fait grâce à Dippin’, que j’avais enregistré avec Hank Mobley. Et c’est en écoutant ce disque que Lee a eu envie que j’enregistre avec lui. Il trouvait que j’accompagnais bien Hank. J’adore ce disque parce que c’est la seule fois où Wayne Shorter et moi avons enregistré ensemble. The Gigolo est l’un de mes disques préférés.

Quels leaders avaient les partitions les plus exigeantes?

Du point de vue de la complexité, je dirais Freddie Hubbard, George Coleman, Frank Strozier. Jouer la musique de Bill Lee, ça pouvait être assez difficile aussi.

1989. Harold Mabern, The Contemporary Piano Ensemble, The Key Players

De quels pianistes étiez-vous proche chez les musiciens plus jeunes?

Mulgrew Miller, Geoff Keezer. Et de James Williams, bien sûr! Il a tant fait pour moi.

Vous jouez toujours aussi régulièrement avec George Coleman à New York?

Oui, on joue avec son octet. Le plus souvent, c’est au Jazz Standard. Il n’y a pas longtemps, on a joué avec son quartet –John Webber, Joe Farsnworth et moi–, à Baltimore, au Caton Castle. Il n’avait pas joué là depuis vingt ans; ça s’est bien passé. George et moi, on est très proches, vous savez. On se parle deux ou trois fois dans la semaine.

*

1. En fait, deux enregistrements faits sous le nom de Jimmy Forrest, All the Gin Is Gone et Black Forrest, édités chez Delmark, et par ailleurs réunis sous le nom de Grant Green, First Recordings, chez Gambit, avec, outre Grant Green, Harold Mabern et Jimmy Forrest, Gene Ramey et Elvin Jones.


Jazz Hot n° 650


Harold Mabern et Jazz Hot:
n°650-2009n°666-2013-14








DISCOGRAPHIE

Leader-coleader

CD 1968. A Few Miles From Memphis, Prestige 24288-2
LP 1968. Rakin’ and Scrapin’, Prestige/OJC-330
CD 1969. Workin’ and Wailin’, Prestige 24134-2 (Wailin’)
CD 1971. Greasy Kid Stuff, Prestige 34134-2 (Wailin’)
LP  1972. The Piano Choir: Hanscapes, Strata-East 19730
LP  1974. The Piano Choir: Handscapes 2, Strata-East 19750
LP  1980. Pisces Calling, Trident 506
CD 1984. Joy Spring, Sackville 2-2016
CD 1989. Straight Street, Columbia CK 48961-2
CD 1989. The Contemporary Piano Ensemble, Four Pianos for Phineas, Evidence 22156-2
CD 1989. The Contemporary Piano Ensemble, The Key Players, Columbia 475646-2
CD 1990. 100 Gold Fingers, Vol. 1, King KICJ-137/8
CD 1991. Philadelphia Bound, Sackville 2-3051
CD 1992. Memphis Piano Convention, DIW-613
CD 1993. The Leading Man, DIW-876 (Columbia 477288-2)
CD 1993. Lookin’ on the Bright Side, DIW-614
CD 1994. The Piano Choir: Hanscapes 95, The Piano Choir 9501
CD 1995. Two Pianos Jazz-For Phineas, Sackville 2-2041 (avec Geoff Keezer)
CD 1996. Mabern’s Grooveyard, DIW-621
CD 1999. Maya With Love, DIW-622
CD 2001. Kiss of Fire, Venus 35301
CD 2002. Falling in Love With Love, Venus 35165
CD 2003. Don’t Know Why, Tokuma 35173
CD 2004. Fantasy, Venus 35535
CD 2005. Somewhere Over the Rainbow, Venus 35371
CD 2007. Misty, Tokuma 34407
CD 2012. Mister Lucky, HighNote 7237
CD 2013. Live at Smalls, Smalls Live 32
CD 2013. Right on Time, Smoke Sessions 1402
CD 2014. Afro Blue, Smoke Sessions 1503
CD 2017. To Loved and Be Loved, Smoke Sessions 1706

1968, Harold Mabern, Rakin’ and scrapin’1971. Harold Mabern, Greasy Kid Stuff!1972. Harold Mabern, The Piano Choir Hanscapes1974. Harold Mabern, The Piano Choir Handscapes 2







1980. Harold Mabern Pisces Calling1984. Harold Mabern, Joy Spring1989. Harold Mabern, The Contemporary Piano Ensemble: Four Pianos for Phineas1990. Harold Mabern, 100 Gold Fingers




1991. Harold Mabern/Kieran Overs, Philadelphia Bound1992. Harold Mabern, Memphis Piano Convention1993. Harold Mabern, Lookin’ on the Bright Side.jpg1993. Harold Mabern, The Leading Man






1994. Harold Mabern, The Piano Choir: Hanscapes 95.jpg1995. Harold Mabern, Two Pianos Jazz For Phineas1996. Harold Mabern, Mabern-s Grooveyard1999. Harold Mabern, Maya With Love.jpg






2001. Harold Mabern, Kiss of Fire2002. Harold Mabern, Falling in Love With Love2003. Harold Mabern, I Don’t Know Why2004. Harold Mabern, Fantasy





22005. Harold Mabern, Somewhere Over the Rainbow2007. Harold Mabern, Misty2012. Harold Mabern, Mr. Lucky!2013. Harold Mabern, Live at Smalls






2013. Harold Mabern, Right on Time2014. Harold Mabern, Afro Blue







1965. The Night of the CookersSideman
CD 1959. Grant Green, First Recordings, Gambit, 69268 (reprise des deux disques suivants sous le nom de Jimmy Forrest)
CD 1959. Jimmy Forest, All the Gin Is Gone, Delmark 404
CD 1959. Jimmy Forest, Black Forest, Delmark 427
CD 1959. Modern Jazz Trio + 3, Koch 8557
CD 1959-63. Jimmy Heath, Nice People, Riverside 99910
CD 1960. Modern Jazz Trio + 3, Message From Walton Street, Koch 8558
CD 1960. Johnny Griffin, The Big Soul-Band, Riverside/OJC-485-2
CD 1960. Lionel Hampton, Live at the Metropole Cafe NYC, Hindsight 242
CD 1961. Art Farmer, Perception, Fresh Sound 90 (LP Argo 738)
CD 1961. Lionel Hampton, En Concert avec Europe 1, Trema 710462
CD 1960. Modern Jazz Trio, The MJT + 3-Make Everybody Happy, Vee Jay-009
LP  1960. Josh White, The House I Live In, Elektra 7203
CD 1962. Art Farmer-Benny Golson Jazztet, Here and Now, Mercury 558052
CD 1962. Frank Strozier, March of Siamese Children, Milestone 47095-2
LP  1962-75. Bill Lee, The New York Bass Violin Choir, Strata East 8003
LP  1963. Dave Burns, Warmin’ Up, Vanguard 9143
CD 1963. Rashaan Roland Kirk, Reeds and Deeds, Mercury 846630-2
CD 1963. Rashaan Roland Kirk, Roland Kirk Meets the Benny Golson Orchestra, Mercury 846630-2
CD 1964. Betty Carter, Inside, Capitol 7 89702-2
LP  1964. Frankie Dunlop, Atlantic 5047
CD 1964. J. J. Johnson, Proof Positive, Impulse! GRP 11452
LP  1964. Charlie Parker Memorial, RCA PL43560
CD 1965. Freddie Hubbard, Blue Spirits, Blue Note 7243 5 94318 2 6
CD 1965. Freddie Hubbard, The Night of the Cookers, Blue Note 7243 8 28882-2
CD 1965. Hank Mobley, Dippin’, Blue Note 0946 3 55508 2 5
CD 1965. Jackie McLean, Consequence, Blue Note 314292
LP  1965. Wes Montgomery, None-Label J-100
CD 1965. Wes Montgomery, Live in Belgium 1965, Gambit 69225
CD 1965. Wes Montgomery, Twisted Blues, Jazz Hour 7569
CD 1965. Wes Montgomery, Live in Paris 1965, France’s Concert Esoldun 108
CD 1965. Lee Morgan, The Gigolo, Blue Note 7 84212-2
LP  1965-66. Sonny Stitt, Sax Expression, Roost 2262
CD 1966. Joe Williams, Chains of Love, Natasha Imports 4019
CD 1967. Lee Morgan, The Sixth Sense, Blue Note TOCJ-5736
LP  1967. Buddy Terry, Electric Soul!, Prestige 7525
LP  1966. Blue Mitchell, Bring It Home to Me, Blue Note 84228
CD 1968. Art Farmer, Art Worker, Moon 014-2
LP  1968. Ivan Boogaloo Joe Jones, My Fire, Prestige 7617
LP  1968. Buddy Montgomery, The Two-Sided Album, Milestone 9015
LP  1969. Lee Morgan Sextet, Blue Note 83024
LP  1969. Lee Morgan, The Procrastinator, Blue Note LA582-J2
LP  1970. Lee Morgan, All That Jazz, Trip 5041
LP 1970. Idris Muhammad, Black Rhythm Revolution, Prestige 10005
CD 1970. Gene Ammons, Legend of Acid Jazz (The Black Cat), Prestige 24166 (LP Prestige 10006)
CD 1970. Terumasa Hino, Alone Together, TAKT 32C38-7872
CD 1970. Lee Morgan, Live at the Lighthouse, Blue Note 8 35228-2
LP  1970. David Young, David Young, Mainstream 323
CD 1971. Lee Morgan, The Last Session, Blue Note 4 93401-2
LP  1972. Keno Duke Jazz Contemporaries, Reasons of Tonality, Strata-East 1972-2
CD 1972. Lee Morgan, Fresh Sound 1024
CD 1972. Archie Shepp, The Cry of My People, Impulse! 000179002
CD 1973. Stanley Turrentine, Don’t Mess With Mister T, CTI ZK44173
CD 1973-75. Stanley Turrentine, The Sugar Man, CTI 6052
CD 1973. George Benson, Body Talk, CTI 505169-2
LP  1973. Tiny Grimes, Profoundly Blue, Muse 5012
LP  1973. Town Hall All Stars, On the Sunny Side of the Street, Jaquet at Town Hall 11436
LP  1974. Keno Duke, Sense of Values, Strata-East 7416
CD 1974. Frank Foster, The Loud Minority, Mainstream 0718
CD 1974. George Freeman, Man & Woman, Groove Merchant 3305
LP  1974. Dave Hubbard, Booty, Mainstream 413
LP  1976. Frank Foster, Here and Now, Catalyst 613
CD 1976. Frank Strozier, Remember Me, SteepleChase 31066
LP  1976. Frank Strozier, Dance Dance, Trident 502
CD 1976. George Freeman, All in the Game, LRC 9037
CD 1977. George Coleman, Big George, Thesis Jazz 82032
LP  1977. Walter Lee Bolden, Nemperor JZ35569
CD 1977. Richie Cole, Alto Madness, Muse 5155
CD 1977. Billy Harper, Soran-Bushi B.H., Denon CY3799
LP  1977; Eddie Jefferson, The Main Man, Inner City 1033
CD 1977. Jonathan Schwartz, Alone Together, Muse 5143
CD 1977. Frank Strozier, What’s Goin’ On, SteepleChase 31420
CD 1978. Louis Smith, Just Friends, SteepleChase 31096
LP  1978. Richie Cole, Keeper of the Flame, Muse 5192
CD 1978. Louis Hayes, Variety Is the Spice, DCC 629
LP  1978. Stafford James, Stafford James Ensemble, Red RecordsVPA 142
CD 1979. Mari Nakamoto, Aphroditi, JVC VDJ-1006
LP  1979. Mari Nakamoto, Something Else, JVC VIJ-6435
LP  1981. Lee Willhite, First Venture, Big Tampa 0001
LP  1983. Jazz Play-A-Long Set-Vol. 28, Eight Jazz Originals By John Coltrane,
Jamey Aebersold 1244
LP  1983. Kay Boyd, First Slice, Spotlite 24
LP  1985. George Coleman, Manahattan Panorama, Teresa 120
CD 1987. George Coleman, at Yoshi’s, Teresa 126
CD 1988. Ned Otter, Focus, Ned Otter Productions N° 1
CD 1988-89. Bill Cosby, Where You Lay Your Head, Verve 841 930-2
CD 1990. Lewis Keel, Coming out Swinging, Muse 5438
CD 1988. Ned Otter, The Right to Know, Ned Otter Productions N° 2
CD 1991. George Coleman, My Horns of Plenty, Birdology 837 278-2
CD 1992. Eric Alexander, Straight-Up, Delmark 461
CD 1992. Donald Brown, A Season of Ballads, Space Time Records BG9703
CD 1992. Memphis Convention, Memphis Convention, DIW 874
CD 1993. Eric Alexander, Up Over & Out, Delmark 476
CD 1993. Eric Alexander, Mode for Mabes, Delmark 500
CD 1993. Donald Brown, Cartunes, Muse 5522
CD 1993. Cecil Payne, Cerupa, Delmark 478
CD 1996. Bill Mobley, Live at Small’s Vol 1 & 2, Space Time 2320
CD 1996. Cecil Payne, Scotch and Milk, Delmark 494
CD 1996. George Coleman, Danger High Voltage, Two and Four 3
CD 1997. Steve Davis, Crossfire, Criss Cross 1152
CD 1997. Jim Rotondi, Jim’s Bop, Criss Cross 1196
CD 1998. George Coleman, I Could Write a Book, Telarc 83439
CD 1998. George Coleman, Endless Miles: A Tribute to Miles Davis, N2K 43082
CD 1998. Cecil Payne, Payne’s Window, Delmark 509
CD 1998. Eric Alexander, Heavy Hitters, Alfa Jazz 3926
CD 1999. Eric Alexander, The First Milestone, Milestone 9302-2
CD 1999. Eric Alexander, Live at the Keynote, Video Arts 1047
CD 2000. Cecil Payne, Chic Boom, Live at the Jazz Showcase, Delmark 529
CD 2000. Eric Alexander, The Second Milestone, Milestone 9315-2
CD 2001. Archie Shepp, French Ballads, Venus 35096
CD 2001. Eric Alexander, Summit Meeting, Milestone 9322-2
CD 2001. Ned Otter, Powder Keg, Two & Four 1
CD 2001. Ned Otter, So Little Time, Two & Four 2
CD 2001. Net Otter, The Secrets Inside, Two & Four 5
CD 2001. Archie Shepp, Deja Vu, Venus 35524
CD 2002. Eric Alexander, Night Life in Tokyo, Milestone 9330-2
CD 2003. Joe Farnsworth, It’s Prime Time, 441 26
CD 2004. Eric Alexander, Dead Center, HighNote 7131
CD 2005. Eric Alexander, It’s All in the Game, HighNote 7148
CD 2009. Eric Alexander, Revival of the Fittest, HighNote 7205
CD 2011. Eric Alexander, Don’T Follow the Crowd, HighNote 7220
CD 2013. Eric Alexander, Touching, HighNote 7248
CD 2014. Eric Alexander, Recado Bossa Nova, Venus Records 82
CD 2015. Eric Alexander, The Real Thing, HighNote 7278
CD 2015. Steve Davis, Say When, Smoke Sessions 1505
CD 2016. Eric Alexander, Second Impression, HighNote 7296

DVD
1965. Wes Montgomery, In Europe 1965, Impro-Jazz 504

VIDEOS

1959. Walter Perkins’ ‪MJT+3, «Brother Spike‬»
Willie Thomas (tp), Frank Strozier (as), Harold Mabern (p), Bob Cranshaw (b), Walter Perkins (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=wpbmUt1Bvqo

1959. MJT+3, «Rochelle»
Willie Thomas (tp), Frank Strozier (as), Harold Mabern (p), Bob Cranshaw (b), Walter Perkins (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=4musiQkZZgc

The Jazztet, «Richie’s Dilemma»
Benny Golson (ts), Art Farmer (tp), Grachan Moncur III (tb), Harold Mabern (p), Herbie Lewis (b), Roy McCurdy (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=6LV4NdrweBE

Lee Morgan, «I Remember Britt‬»
Lee Morgan (tp), Bennie Maupin (s, fl), Harold Mabern (p), Jymie Merritt (b), Mickey Roker (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=IpcRWe08EPA

Buddy Terry, «Hey Nellie‬»
Buddy Terry (ts, varitone), Jimmy Owens (tp), Harold Mabern (ep), Ron Carter (b), Freddie Waits (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=fKVZHTRGkfg

1965. Wes Montgomery, Live in Belgium
Wes Montgomery (g), Arthur Harper (b), Harold Mabern (p), Jimmy Lovelace (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=9V31rL9cB14

1968. Lee Morgan, «‪The Gigolo‬»
Lee Morgan (tp), Wayne Shorter (ts), Harold Mabern (p), Bob Cranshaw (b), Billy Higgins (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=ejxGcL0M46U

1968. Harold Mabern, «Such is Life»
Harold Mabern (p), Blue Mitchell (tp), George Coleman (ts), Bill Lee (b), Hugh Walker (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=jarQOfQyYX4


1964. Betty Carter, «This Is Always»
Betty Carter (voc), Harold Mabern (p), Bob Cranshaw (b), Roy McCurdy (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=C434Ud4DVu0

Harold Mabern «Edward Lee»
https://www.youtube.com/watch?v=7sDY0kGK_Rs


2014. Harold Mabern, «Daahoud», Live at the Monterey Jazz Festival
Harold Mabern (p), Michael Zisman (b) Peppe Merolla (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=JeoEjg9ozeo


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