Une histoire...
Vous avez dit jazz ?
Une encyclopédie du Jazz
/
Actualités
Editorial
Hot News
Tears-Larmes
Clubs
Festivals
Concerts
Rencontres
Biographies
Agenda du Jazz
/
CD - DVD - Livres
Chroniques CD
Chroniques DVD
Chroniques Livres
Index des chroniques parues
/
Galerie
Photographes
Expositions
/
Petites Annonces
Annonces
Passer une Annonce
/
Liens
La rédaction
Amis et partenaires
la Boutique
• Numéros courants
• Numéros spéciaux
• Suppléments
• Par année
• Les collections
• Produits dérivés
Recherche archives
Edito Jazz Hot 660
Lire version anglaise
Jammin' with
Norman Granz
Le siècle du jazz, âge autour duquel nous tournons, est l’occasion de revenir sur les acteurs de cette épopée culturelle, faite de héros connus ou moins connus, honorés, parfois niés ou oubliés, faite aussi d’acteurs moins positifs, controversés, de cette histoire particulière, musicale, artistique mais plus largement culturelle et humaine du XXe siècle.
Les musiciens en sont les acteurs les plus évidents, parce que la voix artistique de la communauté de naissance du jazz est passée – mais pas uniquement, il y a aussi des expressions littéraires, picturales, corporelles… – par cette expression, la musique, avec un niveau d’excellence artistique exceptionnel
pour des raisons qui tiennent aux aléas de l’histoire ;
il y a eu en effet, sur le sol américain,
une
conjonction
extraordinaire de facteurs historiques, sociologiques, politiques et culturels, qui ont permis la rencontre et l’expression de personnalités hors norme.
Mais les musiciens ne sont pas les seuls acteurs du jazz. Il fallait à cet art, pour qu’il s’accomplisse, se réalise et devienne universel, un environnement global, c’est-à-dire un bouillon de culture, fait bien sûr d’une culture enracinée dans un « public » natif, une population qui partage les codes de l’inconscient collectif, ce langage commun qui évolue en symbiose avec le langage et la vie.
Il fallait que de ce « public » émergent les artistes qui subliment le message communautaire, le rendent universel, au point de le rendre lisible et adoptable, d’abord par la communauté américaine dans son ensemble, puis par la terre entière, qu’il s’agisse de musiciens – artistes ou artisans –, d’amateurs, d’un «public » d’adoption.
Il fallait encore que de ce « public » universel surgissent les acteurs indispensables à son identification, sa diffusion, sa reconnaissance, son rayonnement artistique, sa vie économique. On oublie que la vie d’un art suppose que les artistes puissent en vivre, trouvent des lieux d’expression, et que sa réalité d’art universel dépend aussi de sa diffusion planétaire autant que de son adoption.
Il fallait toujours que ces acteurs qui organisent la vie du jazz soient d’une qualité particulière, conformes, si l’on peut dire, à l’éthique – le système de valeurs – qui émane du jazz, justement à cause de la conjonction dont nous parlions plus haut, et qu’ils aient aussi cette vocation universaliste, celle des milieux artistiques, comme Charles Delaunay, Norman Granz, Alfred Lion et quelques autres l’ont eue.
Il fallait enfin que le message non musical du jazz, cette volonté d’expression d’une communauté marginalisée et ségréguée, rencontre un écho personnel et philosophique non seulement dans la conscience mais aussi dans l’inconscient collectif de ceux qui en ont fait la promotion ; c’est vrai pour les trois que nous avons nommés, comme pour beaucoup des grands acteurs parmi les plus lumineux du jazz.
Sur le chapitre de l’environnement du jazz, comme sur les autres, tout n’a pas été parfait. Nous essayons de vous le faire sentir avec des textes tout en nuances pour sortir de la vision caricaturale ou pervertie du jazz, souvent par omission, qui est souvent donnée. Tout ne peut non plus rester à ce niveau d’excellence des Norman Granz, Charles Delaunay, Alfred Lion, car les réalités de l’histoire font que les conditions exceptionnelles, la dynamique qui ont bercé la naissance et l’épanouissement du jazz en très peu de temps, ont évolué, et pas de manière profitable au jazz, particulièrement dans les quarante dernières années. On le constate à notre époque mercantile, consumériste, superficielle et castratrice quand elle se mêle de vouloir normaliser la culture. Il y a des résistances, car le jazz, en peu de temps, a tissé et ancré une solide toile bien avant internet. Le parfum du jazz flotte encore, dans le conscient autant que dans l’inconscient collectif.
Nous avons abordé dans Jazz Hot, depuis plus de 12 ans, ce registre du « siècle du jazz », au travers des portraits d’artistes nés dans ce maelström culturel des Etats-Unis, à l’aube du XXe siècle : Sidney Bechet, Louis Armstrong, Duke Ellington, Bessie Smith, Django Reinhardt, etc., et même George Gershwin, dont le parcours est emblématique d’une famille de créateurs de musique savante et populaire qui eurent avec le jazz des relations réciproques et intenses dans cette Amérique bouillonnante, créateurs dont le jazz porte la trace de manière définitive.
Le siècle du père de notre revue, Charles Delaunay en 2011, et cette année de son père biologique (même s’il l’abandonna plus tard) – car Hugues Panassié définit le caractère hot, l’ADN de cette musique qui s’inscrivit dans le titre de notre revue – est l’occasion de nous pencher sur le rôle d’acteurs du jazz qui, sans être artistes, n’en furent pas moins déterminants pour l’histoire du jazz.
Norman Granz appartient à cette espèce. Il fut indispensable, car le jazz sans Norman Granz n’aurait pas eu les mêmes contours, la même notoriété, et nous ne serions pas en position d’apprécier toutes les dimensions de la créativité de beaucoup des très grands artistes du jazz, des références pour toutes les générations. Bien plus, Norman Granz contribua à faire apprécier, en toute liberté, d’autres artistes, moins connus, mais pourtant véritables «monuments» qui témoignent de la richesse et de la profondeur du jazz. Les productions discographiques de Norman Granz, ses supervisions de séances, ses organisations de concerts sont innombrables et ont justement permis et préservé des pans entiers de l’art original, avec le cinéma, du XXe siècle. Bien plus, quand, sous l’effet de la férule mercantile du showbusiness, certains artistes furent menacés de négation, Norman Granz, parmi de rares autres, développa des espaces d’expression. Et comme chez cet homme peu commun tout était pensé, cela souligne un engagement politique au sens noble, vrai depuis ses débuts dans le jazz, qui fait de Norman Granz un bienfaiteur de l’humanité.
A l’occasion de la sortie de
Norman Granz : The Man Who Used Jazz for Justice
, l’ouvrage de Tad Hershorn, nous vous proposons de redécouvrir ce personnage essentiel qui a donné au jazz un rayonnement planétaire, autant par son activité d’agent artistique que par celle de créateur de labels, de producteur de disques, et plus largement par sa connaissance du jazz et des artistes.
Norman Granz est un cousin d’Amérique de Charles Delaunay. Il aimait le jazz, l’art et les artistes, avec des qualités humaines, professionnelles, un rare discernement en matière esthétique, la profondeur culturelle, l’honnêteté, le sens du partage, de la jam.
<
Yves Sportis
>
Recherche articles
0